Pour certaines marques, le terme « éthique » n’est pas exact – elles sont tellement plus que ca. C’est le cas de la marque IMM qui crée des chaussures d’intérieur aussi magnifiques que confortables…toutes fabriquées par des immigrants et des réfugiés dans un processus à la fois social et durable. Une de nos plus belles découvertes.

Présentez-nous votre marque, comment tout a commencé, son concept…

La marque a été pensée et créée pour répondre à une nécessité citoyenne qui raisonne pour beaucoup de gens.
S’indigner, ne pas se résigner, faire quelque chose.
En effet, on retrouve quotidiennement des nouvelles tristes et consternantes pour l’humanité,.
On observe un peu partout la montées des mouvements populistes (voir d’extrême droite) aux propos, discriminants, à peine déguisés, et qui fleurtent souvent avec racisme et propos xénophobes. Moi-même immigrante depuis longtemps, j’ai ressenti le besoin de contribuer agir concrètement. De cet engagement est né, MADE BY IMMIGRANTS

J’ai toujours eu l’idée que la mode pouvait répondre aux principes d’éthique, de transparence.
MADE BY IMMIGRANTS a très vite identifié un vivier remarquable de talents dotés d’excellentes compétences : en maroquinerie, expertise manuelle des peaux telles que le cuir et autres travaux minutieux de couture… C’est la combinaison de ces aptitudes et une volonté sans faille, d’effort et d’intégration par l’emploi, qui a décidé la création par MADE BY IMMIGRANTS de Maison IMM.

Nous les employons d’abord pour leurs talents et aptitudes. Nous leurs permettons un retour à la dignité pour eux et leur familles. En tant que contribuables ils participent pleinement aux devoirs et obligations dans le pays hôte. Nous sommes complètement transparent et dans les processi et la façon d’établir nos prix (matière premières, frais généraux, cout salariaux etc…). Tout est clairement documenté, accessible et donc transparent.

Comment les chaussures sont-elles fabriquées ?

Nous avons lancé six éditions (très) limitées de chaussures maison en achetant du cuir, qui sont les restes de peaux post-production des marques de luxe françaises de maroquinerie et autres. Il s’agit ,donc, de petites quantités de matière première de très belle qualité. Une partie de notre engagement « d’upcycling ». Elles sont cousues par les mains expertes de notre équipe de collaborateurs à Séville. La création est le fruit de notre designer, Lital Weizman, qui est également immigrée à Paris et qui possède sa propre ligne de mode. Chaque étape du processus de production est durable, éthique et gérée par les immigrants.

MADE BY IMMIGRANTS fournit une plate-forme conceptuelle, une structure protéiforme ainsi que l’expertise permettant à ces personnes de s’épanouir, avant tout par le talent et la détermination qui les anime.

Notre philosophie est simple: plus nous vendons de chaussures Maison IMM, plus nous pouvons aider et ouvrir de nouveaux horizons.

Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien?
Je me sens très inspirée par les précurseurs, ceux qui prennent des risques sans chercher le protagonisme mais pour améliorer le monde petit ou grand, selon la perspective. J’admire les gens qui prennent le taureau par les cornes, qui refusent la fatalité, s’indignent devant l’inacceptable et surtout agissent malgré les obstacles.
Evidemment, on peut aussi simplement contribuer à améliorer la vie dans son quartier et pas forcément tous être Luther king ou Alexandria Ocasio Cortes.
Je pense que l’on vit une époque intéressante où les gens prennent conscience de leur responsabilité et que rien n’est dû s’ils veulent cohabiter et créer une société harmonieuse et vivable.
Beaucoup de mouvements à l’état supposé de bourgeon, ont vite muri et réaliser de grandes choses! En clair, à cœur vaillant rien d’impossible.
En tant qu’esthète, j’apprécie les belles choses, avec une âme, une histoire à raconter, de celle que l’on raconte ou on transmet . La fast fashion et les tendances m’ennuient, alors que la culture, les traditions et l’artisanat en général m’inspirent et me nourrissent. Elles ont cette faculté à émouvoir que seul l’esprit et le cœur peuvent percevoir.
 
Vous êtes fière de votre marque parce que…

Parce que je vois déjà la différence que cela a apportée dans la vie des gens qui l’ont porté avec moi. Il s’agit d’un effort collectif et j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens aux histoires de vie toutes aussi incroyables les unes que les autres. La marque que nous avons façonnée se veut ambitieuse, mais elle a également pour vocation de durer. Rien qu’avec le début d’activité, je perçois déjà un potentiel exceptionnel, je me réfère notamment au nombre de gens que l’on peut arriver à aider si l’on persévère et que l’on ne se repose pas sur les acquis éventuels. Cela me remplit d’optimisme et de fierté quant à ce que nous pouvons réaliser ensemble, car tous ceux qui nous soutiennent défendent des valeurs communes, ce qui est très encourageant et gratifiant. Voir les gens s’unir derrière ce projet, c’est ma plus belle récompense. Il y a beaucoup plus de gens qui veulent aider que ce que l’on peut parfois imaginer. C’est peut être, là, la chose qu’il faut retenir par-dessus tout.

Comment voyez-vous l’avenir pour les marques éthiques et l’entrepreneuriat social en général?

Je pense que l’entrepreneuriat social a connu une forte croissance ces dernières années, mais même pour les entreprises traditionnelles, les valeurs et l’éthique jouent un rôle plus important que jamais. Les gens veulent consommer des marques qui partagent leurs valeurs ou qui, tout du moins, ne génèrent pas d’impact négatif.
Dans la mode, on assiste à une véritable prolifération de marques durables, éthiques, végétaliennes et autres marques socialement responsables. Certaines d’entre elles redistribuent directement à la communauté, mais je pense qu’ils ne le font pas assez.

Les opportunités sont là! Les marques transparentes et équitables livrent non seulement d’excellents produits à la consommation, mais génèrent, par la même, un impact positif pour notre société. Cela reste confidentiel en proportion du marché immense de la mode, mais cela devrait vraiment être la norme, et suffisamment de personnes la soutiennent pour que, si on ne leur donnait que les bonnes options, elles passeraient certainement de marques non éthiques à des marques éthiques, sans hésiter.
Je pense que le défi sera de maintenir la crédibilité, la légitimité et de conserver la confiance des gens. En raison du manque de transparence, cette idée prévaut toujours: les entreprises qui prétendent faire du bien ne font pour la plupart que gagner beaucoup d’argent pour leurs actionnaires et font un peu de bien par le biais de projet parallèles. C’est une image vraiment éthique que les entreprises doivent mettre en place pour éradiquer certaines conduites peu acceptables. En clair, les entreprises qui n’ont pas cette éthique devraient essayer de les modifier faute de sanction près du consommateur qui n’est pas idiot et est voué à consommer responsable, surtout dans les pays dits développés.

Globalement, je pense que la situation va être très dynamique et excitante dans un futur proche, car les consommateurs manifestent très clairement qu’ils ne soutiendront plus les marques pour lesquelles les valeurs ne sont que des outils de marketing. Mon idée, était de créer des emplois et responsabiliser les immigrants de cette manière, mais il existe de nombreuses façons de devenir une marque éthique.